Le collectif Propagation est lauréat 2018 de notre appel à projet annuel disposition d’un espace de création et d’exposition. Dans ce cadre, les quatre artistes du groupe ont été invités à venir réfléchir, expérimenter et travailler dans l’espace Arondit durant cet été, dans un esprit de résidence libre et collaborative.

Ce temps de création en mode “atelier” est aujourd’hui prolongé par un temps d’exposition, qui vient restituer plusieurs mois de réflexions et d’actions communes.

Cette double temporalité - résidence, exposition - est appréhendée dans le dispositif du projet Quand le sage désigne la lune par une dualité entre les deux niveaux de l’espace.

 

La salle du haut se veut rationalisée, restreinte, tout en contenue dans la précision des gestes. La luminosité de l’entrée révèle un univers digital, dans ses différentes strates, traces et effacements. La pénombre naturelle du fond laisse entrevoir des installations optiques et cinétiques par un travail de cadrages dosés et d’éclairages tamisés.

 

La salle du bas est quant à elle beaucoup plus aérienne, adaptée à l’expérience, et ouverte sur la sensation d’infini. La transparence, l’équilibre et le mouvement contribuent à la sensation d’apesanteur de l’ensemble.

Les successions de volumes et d’alcôves atypiques d’Arondit, dans ce lieu tout en longueur, sont ainsi appréhendés par les artistes comme de potentiels modules d’un vaisseau spatial.
Ils ont en effet souhaité nous faire ressentir les contradictions d’un voyage cosmique, dans un véhicule clos et étouffant, tout en étant paradoxalement au plus près de l’immense et de l’absolu.

À ce propos, deux événements astrologiques marquants sont venus ponctuer le temps de résidence de création de leurs incertitudes.
Le 27 juillet, une éclipse totale centrale de la lune s’est finalement transformée en soirée apocalyptique d’orages et de fortes grêles.

Le weekend du 4 août, l’événement de la Nuit des Étoiles fut rendu quasiment invisible à cause des pollutions lumineuses et atmosphériques propres à la capitale.

 

Car cette exposition est aussi une histoire de confrontation directe à l’urbanité, où l’univers et l’infiniment grand semblent oubliés, inexistants. L’homme moderne doit finalement entièrement se fier aux images extérieures qui lui parviennent, à la technologie, et faire confiance à d’autres regards prescripteurs. En surface, il se satisfait de ce qui lui est donné, sans forcément comprendre son environnement. “L’idiot regarde le doigt”.

 

Durant l’été, les artistes ont également été confrontés à différents travaux d’aménagement de notre lieu, qui ont forcément dû influencer leurs créations en cours. Grattages, ponçages, bruits répétitifs ; les ouvrier sont devenus les réparateurs de notre vaisseau Arondit, imposant mais si fragile.

 

Romain Semeteys

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